J’entends d’ici les cris de surprise qui vont accueillir l’apparition de ce nouveau texte. Encore ? Mais que peut-elle bien avoir à nous dire, à présent qu’elle est installée, qu’elle a une chambre, un bureau et une carte orange (qui s’appelle ici la « carte Charlie », parce que c’est les Etats-Unis et que tout est beaucoup plus rigolo) ? Elle ne va quand même pas nous raconter ses recherches. Mon Dieu ! Je le sens venir, elle va nous parler de sa thèse. Toute cette introduction un tant soit peu intéressante n’était faite que pour nous attirer dans ses filets. A présent, nous allons avoir droit à Dos Passos matin, midi et soir.
Détrompez-vous, gens de peu de foi. Et sachez que, contrairement au commun des mortels, nous, artisans de la plume, nous mettons en quatre pour notre public (même s’il comprend moins de quatre personnes). Nous allons chercher l’aventure si elle ne vient pas à nous. Nous nous rendons la vie impossible pour vous procurer quelques instants de bonheur, pour faire naître en vous un éclat de rire qui, même s’il retentit à nos dépens, délie un instant les nœuds de notre esprit pour lui offrir une once de satisfaction (c’est notre côté masochiste).
Donc, venons-en aux faits. Je suis très contente car j’ai trouvé une chambre avec des colocataires sympas. Je m’apprête à déménager, tout en étant un peu déçue d’avoir rencontré mes voisins du South End la veille de mon départ. Je refais ma valise, qui, forcément, est déjà plus lourde qu’il y a une semaine (non, non, je n’ai pas encore acheté de livres), j’appelle mon petit taxi, et je lui dis de me mener jusqu’à ma nouvelle demeure. Mon colocataire m’accueille, prend gentiment ma valise sans se faire une luxation, et me mène jusqu’à l’appartement. Il ouvre la porte, je me souviens du couloir, du salon sur la gauche, de la cuisine sur la droite, de ma chambre presque en face de la porte d’entrée. Je me souviens de ma chambre. J’ouvre la porte. Me souvenais-je vraiment de ma chambre ? Dans mon souvenir, elle n’était pas très grande ; dans la réalité elle l’est encore moins. Dans mon souvenir, elle avait une fenêtre ; dans la réalité, elle a une fenêtre… qui donne sur un mur. Et le pauvre soleil n’arrive pas à se glisser jusqu’à mon lit ni à mon bureau. Il me crie qu’il essaie, qu’il n’arrête pas d’envoyer des rayons qui s’écrasent sur le mur avant d’arriver jusqu’à chez moi. Mais je l’entends très mal, car le bruit de l’avenue couvre ses paroles. Le bruit de l’avenue couvre également mes pensées.
Parfois, on se réveille le matin, à côté de quelqu’un que l’on a rencontré la veille. On se souvient d’elle (ou de lui), sous les lumières de la boîte de nuit, jolie, charmante, on avait discuté, les quelques mots qui étaient parvenus à franchir le mur de musique étaient intelligents, sympathiques drôles. Ce matin, dans la lueur blafarde du soleil d’automne, sa tête sur l’oreiller a l’air fatiguée, ses cheveux sont épars. En y réfléchissant, les discussions hier n’étaient peut-être pas si intéressantes, peut-être que le sentiment de joie ne venait pas des mots prononcés mais des cocktails que l’on tenait à la main. On la regarde, on ne la déteste pas, on ne la méprise pas, car on a encore en tête l’image de la veille ; on éprouve alors un drôle de sentiment de tendresse, de compassion, et pourtant, on sait qu’il va falloir la quitter.
La chambre a fait ce qu’elle a pu. Mais je n’ai pas dormi. Je me suis réveillée le matin, vers six heures, désemparée par cette découverte, par le fait que j’avais fait un choix, et que ce n’était peut-être pas le bon. J’ai pesé le pour et le contre. J’ai consulté à droite, à gauche. Je me suis rongée les ongles, j’ai fumé des cigarettes, j’ai sacrifié un écureuil (une de ces affirmations est fausse, saurez-vous retrouver laquelle ?). Mais il a bien fallu me rendre à l’évidence. Il allait falloir partir. Retourner dans ma belle maison, qui se révélait à présent être disponible. Renoncer à la vie étudiante pour le bobo-chic. Me rendre compte, encore une fois, que ma jeunesse était en train, tout doucement, de s’en aller.
Le grand philosophe chinois Bai Xia m’a dit un jour : « Tu as fait une erreur ? Ca me rassure, ça prouve que tu es humaine. »
Je préférais quand je ne l’étais pas…

Non seulement je follow, mais en plus je commente ! Tu me vois ravie de te voir retourner dans ton duplex ! A plus d'un titre :-p Seulement, je m'inquiète un peu : maintenant que tu vis seule dans un superbe 80m² luxueux et tout équipé... que vas-tu trouver à nous raconter (on fera l'impasse sur Dos Passos !)?!
ReplyDeleteS'il te plait, essaye de trainer quand même dans des quartiers glauques seule en mini jupe à 3h du matin quand les bars ferment... Comme ça tu auras surement des anecdotes croustillantes à nous raconter ! Ou mieux : inscris toi chez tes amis les Jews for Jesus !
Marie