- dans une chambre aux murs grisâtres avec pour lit un matelas pouilleux, à un quart d’heure à pied du métro par des ruelles non éclairées
- dans une maison habitée par trois undergrads qui laissent traîner des bouteilles de bière et dorment probablement en plein milieu du couloir un weekend sur deux
- avec des gens que je ne connais pas et que je n’ai jamais vus parce que c’est une agence qui fait visiter la maison et qu’aucun des colocataires n’est présent
En mettant ces exigences sur le papier (certes virtuel), je me rends compte qu’elles ne sont après tout pas si irrationnelles, et, si elles font preuve d’un certain esprit bourgeois, que par ailleurs je ne renie pas, elles montrent néanmoins que je n’aspire après tout qu’à habiter avec des gens sérieux, dans une maison qui ne ressemble pas trop à une porcherie, à un endroit où je ne risque pas d’avoir des palpitations à chaque fois qu’un écureuil trébuche sur une brindille.
Mais force est de constater que les appartements qui s’y conforment ne sont pas légion. J’ai donc décidé, pour finir, d’opter pour la seule chambre propre et nette que j’aie vue, certes plus onéreuse, mais également bien plus confortable. A côté de BU, avec deux autres personnes ; un Taïwanais californien, prof de danse, alternatif un peu new age mais au demeurant charmant, et une étudiante allemande que je n’ai fait que croiser mais qui a l’air elle aussi fort sympathique.
Tout cela, je m’en rends compte, manque un peu de romanesque. Mes aventures eussent peut-être été plus intenses si j’avais habité une sombre maison en bois dans une petite allée, avec des voisins étranges. Mais je ne peux sacrifier ma santé mentale, par ailleurs fragile, à votre soif de sensationnel. Vous m’en voyez désolée. Ah si, il m’est tout de même arrivé quelque chose d’assez étrange. Dans une de mes expéditions, je me suis quelque peu perdue dans un dédale de ruelles à neuf heures du soir. Impossible de voir les numéros sur les maisons, et le nom de la rue n’apparaissait nulle part. Me voyant perdue, un jeune homme me demande si je suis perdue (perspicace). Je lui explique où je veux aller, il me demande d’où je viens. Je lui dis que je suis française. Et là il réplique : « Tu soutiens la guerre contre le terrorisme ? » J’avoue que j’ai été quelque peu décontenancée par cette question.
- Je ne vois pas le rapport avec ce que je viens de te demander.
- Ta réponse pourra influencer la mienne.
- Ah bon ? Alors tu vois, je pense que je vais plutôt demander à quelqu’un d’autre.
Il a quand même fini par m’indiquer la (bonne) direction, mais je n’ai toujours pas compris à quoi tout cela rimait. D’après le ton et l’allure du type (critères bien superficiels, je l’admets, pour juger une personne), je pense qu’il attendait une réponse positive à sa question. Raison de plus pour ne pas répondre…

Si tu vois un écureil trébucher sur une brindille, surtout n'oublie pas de prendre une photo !! ;-)
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