Il existe en anglais une expression qui dit bien ce qu’elle veut dire : flat hunting, littéralement la chasse aux appartements. Et je peux vous dire que septembre à Boston, c’est la pleine saison. Je serais curieuse de savoir combien de chambres et d’appartements changent de mains dans ce seul mois. La chasse, il faut le préciser, concerne principalement les grad students, les undergrads étant logés dans les dorms, en d’autres termes les internats . Donc, tout le monde se précipite sur la corne d’abondance qu’est le site craigslist.com, qui répertorie les annonces immobilières, depuis le trois pièces à deux mille dollars à Back Bay jusqu’à la chambre pleine de rats dans les coins les plus reculés du Greater Boston. Depuis trois jours, je me livre moi-même à cette fantastique activité qui consiste, dès le matin, à lire les petites annonces, faire le tri, envoyer des mails, et attendre les réponses comme le messie (peut-être que si je croyais en Jésus elles arriveraient plus vite). Un homme offre une chambre vraiment bon marché à Cambridge. Dans son annonce, il précise qu’il veut une colocataire femme qu’il pourrait gâter, à qui il pourrait faire des petits plats, qui pourrait venir pleurer sur son épaule… Hum, c’est louche. Passons. Je sélectionne habilement quelques-unes des annonces les moins absurdes, et j’envoie le mail type où je dis que je suis une fille bien sous tous rapports, discrète mais en même temps sympathique, sociable mais travailleuse, aimant se divertir mais ne terminant pas ses soirées tête en bas sur un keg de bière ; j’omets habilement de dire que je fume, dans ce pays ça peut être très vite rhédibitoire (mot dont je me rends compte à l’instant que j’ignore l’orthographe exacte).
Je reçois deux réponses : un rendez-vous à Cambridge, un autre à Allston, pas trop loin de Boston University. Les deux maisons sont assez éloignées du métro, mais ont l’air d’avoir des bus pas loin. Ensuite, je me morfonds un petit peu, je lis des textes des formalistes russes (parce qu’il faut bien s’occuper) et je chatte avec Pacsman. Lequel Pacsman me dit que je ferais bien d’aller m’aérer et de profiter du soleil. Ce à quoi je réponds certes mais je ne vois pas très bien où aller. Il me dit que je n’ai qu’à aller à Allston, que je ne connais pas, pour repérer le quartier où se trouve la maison que je vais visiter ce soir. Comme vous pouvez le constater, Pacsman, que je désignerai plus tard par son initiale, L. (toute ressemblance etc…), est un jeune homme fort intelligent. Je me mets donc en route pour ce que je sais être le centre d’Allston, ou du moins le quartier le plus animé. Sur l’éternelle green line, dont je vous épargne la description (voir journal de l’an dernier), et en comptant sur mon merveilleux city book Moleskine, qui contient des plans de la ville, pour me guider . Je descends à Packard’s Corner, quartier qui a l’air très animé en effet, et très asiatique (c’est bien ? c’est pas bien ? Je ne me prononcerai pas sinon je vais me faire frapper). Je me promène un petit peu, il fait très chaud, et à un moment donné je sors mon moleskine pour savoir à peu près où je me trouve, et dans quelle direction il faut que j’aille. J’ouvre le carnet mythique, celui qui a servi, comme c’est écrit sur la petite brochure, à Hemingway, Chatwin et tant d’autres. Manifestement Hemingway et Chatwin n’utilisaient pas de city book. Ou alors ils ne sont jamais allés à Allston. En effet, le plan s’arrête à la limite entre Boston et Allston. Forcément. Comme je suis une jeune fille pleine de ressources, et par ailleurs une copine très obéissante, je ne me démonte pas. Je vais trouver la rue toute seule, et y aller, et regarder, et tout ça. Il fait toujours trente degrés mais ce n’est pas ça qui va m’arrêter. J’ai fait le désert du Negev en août moi, madame ! Donc, je marche, dans ce qui devrait être la bonne direction. Et j’arrive… devant une autoroute. Au passage, je note que ça m’arrive assez souvent de me balader dans des villes américaines et de me retrouver dans des endroits improbables où j’ai le choix entre un terrain vague, une usine desaffectée ou une autoroute à six voies. Ca doit sûrement vouloir dire quelque chose, mais juste là je préfère ne pas me poser la question. D’après mon souvenir de googlemaps, je dois la traverser. Heureusement il y a une passerelle piétonne. Je traverse, donc, et me retrouve dans un quartier résidentiel au demeurant charmant, petites maisons en bois, petites allées buissonnantes. Pas un magasin. Pas un café. Pas un bar. Pas même un arrêt de bus. Et là je vois… le nom de la rue où se trouve la maison que je dois voir ce soir. No way. Si j’habite ici, je décède dans une semaine. Je continue à marcher tout en songeant fortement à annuler le rendez-vous de ce soir. Je longe toujours des petites maisons et des petites allées et des grosses voitures. Toujours pas le moindre signe d’un quelconque espace collectif où l’on se livrerait au commerce. Je finis par arriver sur une rue un peu plus grande. Et là, miracle. Un arrêt de bus. Bus qui a pour terminus… Harvard Square. Ni une, ni deux, je me précipite vers ce refuge inattendu. En attendant le bus, j’appelle la fille en lui disant qu’en fait j’ai déjà trouvé quelque chose et que du coup je n’irai pas voir son charmant appartement (qui abrite en plus – je viens de me souvenir de l’annonce – deux chats, un chien et une tortue). En attendant le bus, je me dis que c’est difficile de chercher une chambre meublée pas trop chère quand on habite dans un duplex dans le South End. C’est un peu comme si on cherchait une chambre de bonne en habitant un 80m2 dans le Marais. Non, en fait c’est exactement ça. En attendant le bus, je me dis que quand même le métro c’est bien. Parce que le bus ça fait longtemps que je l’attends et qu’il fait très chaud.
Il finit par arriver. Il est climatisé. Il m’emmène à Harvard Square. Où je m’achète un muffin. Et la New York Review of Books. Que je vais lire dans le yard. Comme disait l’autre : on est snobs et c’est bon !
Je reçois deux réponses : un rendez-vous à Cambridge, un autre à Allston, pas trop loin de Boston University. Les deux maisons sont assez éloignées du métro, mais ont l’air d’avoir des bus pas loin. Ensuite, je me morfonds un petit peu, je lis des textes des formalistes russes (parce qu’il faut bien s’occuper) et je chatte avec Pacsman. Lequel Pacsman me dit que je ferais bien d’aller m’aérer et de profiter du soleil. Ce à quoi je réponds certes mais je ne vois pas très bien où aller. Il me dit que je n’ai qu’à aller à Allston, que je ne connais pas, pour repérer le quartier où se trouve la maison que je vais visiter ce soir. Comme vous pouvez le constater, Pacsman, que je désignerai plus tard par son initiale, L. (toute ressemblance etc…), est un jeune homme fort intelligent. Je me mets donc en route pour ce que je sais être le centre d’Allston, ou du moins le quartier le plus animé. Sur l’éternelle green line, dont je vous épargne la description (voir journal de l’an dernier), et en comptant sur mon merveilleux city book Moleskine, qui contient des plans de la ville, pour me guider . Je descends à Packard’s Corner, quartier qui a l’air très animé en effet, et très asiatique (c’est bien ? c’est pas bien ? Je ne me prononcerai pas sinon je vais me faire frapper). Je me promène un petit peu, il fait très chaud, et à un moment donné je sors mon moleskine pour savoir à peu près où je me trouve, et dans quelle direction il faut que j’aille. J’ouvre le carnet mythique, celui qui a servi, comme c’est écrit sur la petite brochure, à Hemingway, Chatwin et tant d’autres. Manifestement Hemingway et Chatwin n’utilisaient pas de city book. Ou alors ils ne sont jamais allés à Allston. En effet, le plan s’arrête à la limite entre Boston et Allston. Forcément. Comme je suis une jeune fille pleine de ressources, et par ailleurs une copine très obéissante, je ne me démonte pas. Je vais trouver la rue toute seule, et y aller, et regarder, et tout ça. Il fait toujours trente degrés mais ce n’est pas ça qui va m’arrêter. J’ai fait le désert du Negev en août moi, madame ! Donc, je marche, dans ce qui devrait être la bonne direction. Et j’arrive… devant une autoroute. Au passage, je note que ça m’arrive assez souvent de me balader dans des villes américaines et de me retrouver dans des endroits improbables où j’ai le choix entre un terrain vague, une usine desaffectée ou une autoroute à six voies. Ca doit sûrement vouloir dire quelque chose, mais juste là je préfère ne pas me poser la question. D’après mon souvenir de googlemaps, je dois la traverser. Heureusement il y a une passerelle piétonne. Je traverse, donc, et me retrouve dans un quartier résidentiel au demeurant charmant, petites maisons en bois, petites allées buissonnantes. Pas un magasin. Pas un café. Pas un bar. Pas même un arrêt de bus. Et là je vois… le nom de la rue où se trouve la maison que je dois voir ce soir. No way. Si j’habite ici, je décède dans une semaine. Je continue à marcher tout en songeant fortement à annuler le rendez-vous de ce soir. Je longe toujours des petites maisons et des petites allées et des grosses voitures. Toujours pas le moindre signe d’un quelconque espace collectif où l’on se livrerait au commerce. Je finis par arriver sur une rue un peu plus grande. Et là, miracle. Un arrêt de bus. Bus qui a pour terminus… Harvard Square. Ni une, ni deux, je me précipite vers ce refuge inattendu. En attendant le bus, j’appelle la fille en lui disant qu’en fait j’ai déjà trouvé quelque chose et que du coup je n’irai pas voir son charmant appartement (qui abrite en plus – je viens de me souvenir de l’annonce – deux chats, un chien et une tortue). En attendant le bus, je me dis que c’est difficile de chercher une chambre meublée pas trop chère quand on habite dans un duplex dans le South End. C’est un peu comme si on cherchait une chambre de bonne en habitant un 80m2 dans le Marais. Non, en fait c’est exactement ça. En attendant le bus, je me dis que quand même le métro c’est bien. Parce que le bus ça fait longtemps que je l’attends et qu’il fait très chaud.
Il finit par arriver. Il est climatisé. Il m’emmène à Harvard Square. Où je m’achète un muffin. Et la New York Review of Books. Que je vais lire dans le yard. Comme disait l’autre : on est snobs et c’est bon !

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