Wednesday, October 14, 2009

Plaisirs et dangers de l’entre-deux

Se promener dans Boston à cette époque de l’année est une expérience des plus plaisantes. Il fait beau, la plupart du temps, et l’automne peint avec abandon le feuillage des arbres ; sans vouloir dénigrer ma ville natale, l’automne à Paris n’a rien de comparable. Tout d’abord, parce que Paris n’a pas d’érables, et que les feuilles d’érable, à partir du mois d’octobre, prennent une couleur rouge sombre que les platanes et les châtaigniers ne peuvent égaler. Ensuite, parce qu’ici le camaïeu d’oranges, de rouges et de jaunes se marie délicieusement avec les bâtiments en brique qui bordent une grande partie des rues de la ville.

C’est cette charmante saison que les législateurs américains ont choisie pour se lancer enfin dans la mise en place d’une loi sur l’assurance maladie. Le débat dure depuis des mois, mais ce n’est qu’hier que la commission des finances du Sénat a rendu sa proposition, qui doit à présent être discutée, en même temps que celle de la Chambre, pour aboutir enfin – avant la fin de l’année, dit-on – à un compromis qui rassemblerait une majorité.

Les promeneurs sont amusants à observer. Voyez-vous, la température n’est pas encore frigorifique, mais elle varie énormément entre les différents moments de la journée, et selon que l’on est à l’ombre ou au soleil. Pour ne pas mentionner le fait que, de toute manière, certains habitants de ces glaciales contrées sont totalement insensibles au froid, et sont par conséquent parfaitement capables de se promener en jupe, sans collants, au cœur de l’hiver. Le résultat de ces divers facteurs est une incertitude palpable sur la manière de s’habiller. Certains portent déjà des bottes fourrées, des bonnets et des gants, d’autres se promènent, bras nus, en tongs. Certains ont sorti les doudounes, ces sortes de bouées d’hiver que les gens portent ici (mais j’ai appris que sous certaines latitudes, hélas, l’élégance doit parfois céder devant la survie), d’autres arborent encore des vestes en cuir légères. Ce tourbillon est assez étonnant pour l’observateur peu averti, qui pourrait se croire perdu au milieu de fous, ou encore dans une contrée étrange où l’hiver et l’été peuvent alterner au cours de la même journée.

La proposition de la commission des finances du Sénat est une proposition a minima. Elle ne comprend pas d’option publique, et limite fortement les dépenses qui seraient consenties à la réforme. La commission est néanmoins très fière d’avoir réussi à obtenir le vote d’une sénatrice républicaine, Olympia Snowe. Les démocrates plus progressistes, eux, avec à leur tête la présidente de la Chambre Nancy Pelosi, sont atterrés par cette proposition de loi, et entendent bien faire voter celle de la Chambre, qui prévoit une solide option publique, seule manière selon eux de faire concurrence aux compagnies d’assurances, et d’éviter qu’elles augmentent trop leurs prix.

Mais, malgré la brillance du soleil, malgré l’éclat du ciel bleu, on sent bien que le souffle glacé de l’hiver approche. Que bientôt on ne se promènera plus nonchalamment dans les rues de la ville, que l’on n’aura plus le loisir de discuter avec ses voisins sur le pas de la porte, car tout sera soumis à un seul impératif : trouver un endroit chaud. On se réfugiera dans les cafés, dans les métros, dans les bureaux, dans les maisons pour échapper au vent qui nous écorchera les joues, à la neige qui fouettera notre front. Au moins, les choses seront claires. Car le piège de cet entre-deux où nous vivons encore, c’est que le soleil de l’après-midi nous fait enlever notre écharpe, et que sans prévenir, l’ombre de la nuit nous prend à la gorge.

Il est temps de prendre une décision. De se demander si un ou deux votes républicains valent la colère de toute l’aile gauche du parti démocrate. De se demander à quoi doit ressembler ce parti démocrate, et s’il n’est pas temps de dire aux démocrates conservateurs qu’ils ont une discipline de parti à respecter, et que parfois cela veut dire voter, sinon contre, du moins pas tout à fait pour ses convictions. L’entre-deux a du bon, quand on débat. Mais quand on vote, on prend parti.

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